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Nord

Au printemps 1940, l’écrivain Claude Simon (1913-2005), brigadier au 31e régiment de dragons, est envoyé en Belgique avec son escadron pour contrer l’offensive allemande. Après une progression à cheval de quatre-vingts kilomètres vers l’est, l’escadron subit ses premières pertes face aux blindés ennemis. L’ordre de repli est donné. Cinq jours plus tard, après avoir repassé la frontière française, l’escadron tombe dans une embuscade et est pratiquement anéanti : au soir du 17 mai, Simon est l’un des deux seuls survivants d’un groupe d’une quarantaine de soldats.

L’évocation de ces quelques jours de mai est centrale dans l’œuvre du romancier.

En 2010, je parcours le département du Nord et la Belgique de Maubeuge à Namur. Entre mes souvenirs de lecture, l’expérience possible des lieux aujourd’hui et ce que Simon et des milliers d’autres ont vécu sur place il y a soixante-dix ans, l’écart est maximal. Le travail de la mémoire, de l’écriture et de la lecture, la transformation du paysage et les mutations de tous ordres intervenues depuis, font, en définitive, le caractère incommensurable des situations.

Ce travail a bénéficié de l’aide à la création
de la Région Centre.

2011, 12 photographies, 150 x 185cm
tirages encres pigmentaires, encadrement bois.

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1. Lac du Val Joly, forêt de Trélon

« A la veille de l’offensive allemande du 10 mai 1940, le premier escadron bivouaque depuis environ un mois dans la forêt de Trélon (département du Nord), tout près de la frontière belge. Le 10 mai, ordre d'alerte à dix heures du matin environ (l'armée allemande a pénétré en Belgique et en Hollande à cinq heures du matin). »*

*Claude Simon,
« Petit “historique” » (1984), Œuvres, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2005, p. 1227-1233.

 

2. Bois de Nimont, près d'Assesse (province de Namur)

« L’escadron se met en marche à midi sur un axe Rance-Boussu-Morialmé-Annevoie-Rouillon où la Meuse est franchie le 11 vers midi. La progression continue par Assesse, puis Natoye. A cinq kilomètres environ après cette ville première attaque par l’aviation allemande, suivie peu après d’une seconde. »

 

3. Lé Fontaine

« L’escadron […] avait reçu l’ordre de tenir le petit pont qui franchit […] la voie ferrée en tranchée. »

 

4. Lé Fontaine

« […] des éléments ennemis postés sur la grande route […] ont ouvert le feu à la mitrailleuse. […] Nous (du moins mon peloton) sommes alors partis au galop à travers champs […] en direction de la voie de chemin de fer […] malheureusement bordée […] d’épais buissons qui nous ont forcé à remonter la colline, toujours au galop et sous le feu des mitrailleuses, et à un moment […] j’ai vu s’ouvrir devant moi un véritable précipice […] où nous avons tous roulé pêle-mêle […]. »

 

5. Profondeville (province de Namur)

« Certains cavaliers restés isolés (dont moi) ne parviennent à repasser la Meuse que vers le soir, à Profondeville. […] la Meuse qui, à cet endroit, coule au fond d’une vallée profondément encaissée et aux rives escarpées constitue une “coupure” très difficile à franchir pour un attaquant, et par conséquent très favorable à la défense. »

 

6. Bois de Haute-Marlagne

« L’escadron se regroupe à l’ouest de la Meuse dans le bois de Haute-Marlagne. Il a perdu dans la journée environ un quart de son effectif. […]
Le 13 et le 14 mai, l’escadron reste en réserve. »

 

7. Joncret (province de Hainaut)

« 16 mai — Décrochage. L’escadron bat en retraite toute la journée. Organise le soir la défense du village de Joncret. Faible bombardement d’artillerie. Contact à la tombée de la nuit avec premiers éléments ennemis. Ordre de décrocher vers environ minuit. »

 

8. Cousolre (département du Nord)

« 17 mai — Après avoir battu en retraite pendant la nuit, l’escadron à la tête duquel est venu se placer le colonel Ray tombe vers huit (?) heures du matin dans une embuscade tendue par les blindés allemands déjà parvenus dans le village de Cousolre, à la frontière française. L’escadron est pratiquement anéanti. »

 

9. Sars-Poteries (Avesnois)

« Vers dix heures (?), le colonel Ray accompagné du chef d’escadron Cuny se dirige (toujours à cheval) vers Avesnes-sur-Helpe par la route Solre-le-Château – Avesnes. Il ne lui reste plus alors de son régiment que deux cavaliers (dont moi). Des blessés et des réfugiés signalent que des parachutistes allemands sont embusqués derrière les haies. Des avions allemands passent en mitraillant. À ce moment il n’existe plus de front organisé. »

 

10.

« Peu après avoir traversé le village de Beugnies, le colonel Ray et le commandant Cuny sont abattus par un parachutiste allemand. »

 

11. Chemin des fermes
(commune de Beugnies)

« Les deux cavaliers survivants errent au hasard dans la campagne, se cachent dans une ferme. »

 

12.

« Ils sont faits prisonniers le lendemain tandis qu’avec un groupe d’autres soldats coupés de leurs unités ils cherchaient à rejoindre à pied les lignes (?) françaises. »